Rencontre avec le circassien Jani Nuutinen
Droit venu de Finlande, un cirque d'un genre nouveau
Jani Nuutinen, artiste Finlandais, est arrivé à Nexon en 2007 en tant qu’artiste associé au Sirque, Pôle national du cirque. Du haut de son « Harbre », sa nouvelle création, il contemple d’un air paisible, la sérénité qu’il a trouvé dans la campagne de Haute-Vienne. Rencontre avec un artiste engagé.
Comment qualifiez-vous votre démarche artistique ?
Ma démarche artistique est assez singulière : je suis circassien manipulateur d’objets et je construis aussi les décors de mes spectacles, comme pour Harbre. J’ai fabriqué les bancs autour de la scène et l’élément principal de mon spectacle : l’arbre et ses branches. Je suis un peu un artisan du cirque. Je m’intéresse beaucoup à ce temps de création, ce temps passé à forger nos matières. Pour Harbre, je n’ai plus envie de jouer le rôle d’un artiste de cirque traditionnel, mais que le cirque devienne un langage plus universel. Par exemple, quand je manipule une hache, on ne pense pas tout de suite aux clichés du cirque comme les caravanes ou les chapiteaux.
Votre prochaine création est une trilogie, Trilokia. Elle sera présentée en 2024 à Nexon. Quelles ont été vos sources d’inspiration ?
Tout a commencé pendant la création d’un spectacle qui s’appelle Chimæra avec Julia Christ. On y parlait d’alchimie. Michel Cerda, qui travaille aussi avec moi, m’a fait lire le livre Forgerons et Alchimistes [ndlr : de l’auteur Mircea Eliade]. Ça parle d’un alchimiste qui transforme cette matière pure qu’est le minerai plus rapidement que le ferait la nature. En transformant ce minerai en outils et en armes, il est à la fois un artisan très demandé et un homme puissant très redouté. Il est vu comme un manipulateur de la nature et du temps. La question du temps m’a parlé. D’ailleurs, TRILOKIA s’inspire de la notion de temps, d’artisanat mais aussi d’écologie. C’était le cas dans I O, la première partie de la trilogie [ndlr : extrait ci-dessous]
Pouvez-vous nous parler de Harbre, la dernière partie de votre trilogie ?
Une partie de cette trilogie est constituée du spectacle Harbre, avec un H. J’ai mêlé les mots « arbre » et « hache ». Quand j’ai créé l’arbre que l’on voit sur scène, il est apparu comme un personnage humain avec deux bras. C’est donc aussi un H comme Homme. Je n’ai pas forcément envie de faire de la morale avec l’écologie mais je pense que l’humain est en train de se tuer lui-même en tuant la nature. Comme ce spectacle est le dernier de la trilogie, c’est comme s’il ne restait que cet arbre-là qu’on essaie de maintenir en vie avec de la lumière artificielle.
Vous avez vécu près d’Helsinki, puis à Paris. Quel est votre rapport à ce territoire rural qu’est le Limousin ?
Lors de la tournée de Cyrk 13 que j’ai faite avec Philippe Decouflé, j’ai rencontré des personnes qui m’ont parlé de la Creuse. Je cherchais un endroit un peu paumé et on m’a dit que la Creuse, c’était bien pour ça ! J’ai donc atterri à Royère-de-Vassivière où j’ai habité quelques années.
Aujourd’hui, c’est le lieu idéal pour moi. Je ne pourrais plus habiter à Paris ou dans une grande ville. Être à la campagne, dans ce calme, c’est très bien.
Je me sens bien avec les gens qui sont autour de moi. En plus, Vassivière me rappelle un peu la Finlande. Il y a des bouleaux, des résineux. La couleur de l’eau est similaire. Elle est pure. Je suis bien ici. Pour moi, c’est ma petite Finlande. Ici, je pense que je suis perçu comme le « barbu finlandais ». Mais les gens viennent toujours voir mes spectacles, ils sont toujours curieux de ce que je fais et une fidélité s’est établie depuis toutes ces années. Aujourd’hui, c’est le lieu idéal pour moi.
Qui est Jani Nuttinen ?
Jani Nuutinen est né en 1975 à Lathi en Finlande et a longtemps habité à quelques kilomètres de Helsinki. Il fonde sa compagnie Circo Aero en 1996 avec Maksim Komaro. En 1999, il quitte sa Finlande natale pour Paris, porté par son envie d’approfondir ses études. Là, au sein de la prestigieuse école de cirque Annie Fratellini, il perfectionne son art pendant quelque temps. Puis il quitte la capitale pour intégrer le Centre National des Arts du Cirque à Châlons-en-Champagne. Après deux ans de tournée aux côtés de Philippe Decouflé, il devient artiste associé au Pôle National Cirque à Nexon en 2007.
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